PORTRAIT – MAMIE PAULETTE

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À l’occasion de la fête des grands-mères, j’ai eu envie de mettre en avant une Femme exceptionnelle  : ma grand-mère. À travers ses photos et son interview, elle nous dévoile les moments clés de sa vie et sa personnalité bien à elle. Voici Paulette, 89 ans, une mamie pas comme les autres.

 

 

PORTRAIT D'UNE FEMME CANDIDE

 

Comment est-ce que tu te définirais ?

Quand j’étais petite, j’étais intrépide, bonne camarade et sage. En grandissant, mon caractère s’est forgé, je suis très travailleuse et j’aime que mon intérieur soit bien rangé et propre. Une de mes qualités est la ponctualité. Maintenant, je suis devenue très peureuse, je me fais souvent des soucis quand je vois tout ce qu’il se passe dans le monde. Malgré tout, j’ai gardé mon côté espiègle. En général les gens trouvent que je suis une Femme aimable.

 

 

Peux-tu nous parler de ta jeunesse ?

J’ai eu une enfance heureuse, dans une maison située au Howard (Bas-Rhin) où j’habitais avec mes parents. Mon père était paysagiste et ma mère femme de ménage à l’hôtel. J’avais 11 ans lorsque la guerre de 45 a éclaté. Je suis donc allée à l’école allemande, on n’avait pas le droit de parler français. Mais pour moi ce n’était pas si dur d’apprendre l’allemand car je parlais déjà alsacien. J’ai le souvenir que les instituteurs étaient corrects avec nous, on est même partis à Zaeginger pour des vacances scolaires. On était logé dans des familles d’accueil pendant trois semaines où on apprenait à vivre chez l’hôte.

Ensuite, ma famille a déménagé à Rimbach dans une ferme le Riesenwald. La vie était bien différente. Mon père et ma mère se levaient tôt pour s’occuper de la ferme et des animaux. On produisait notre propre miel, du beurre et du fromage. On avait 100 hectares à travailler. Tous les matins, je prenais une bonne demi-heure pour descendre à vélo à l’école, qui était française.

 

 

Faisais-tu beaucoup de bêtises à l’école ? Raconte-nous une anecdote.

Non, pas à l’école mais après l’école… Avec des amis on est allés à la chasse aux grenouilles dans un étang. J’attrapais les grenouilles avec les mains. Mes parents s’inquiétaient car ils ne savaient pas où j’étais. La nuit était déjà tombée, je suis rentrée avec mon sac de grenouilles et mon père m’a donné une fessée pour ma bêtise. Et moi en colère, j’ai jeté le sac par terre, laissant les grenouilles envahir toute dans la cuisine.

 

As-tu des souvenirs de la guerre ?

Avec la famille, on a dû partir de la ferme le soir, à 23h et aller dans une autre ferme à Berz, chassés par les allemands. Car ceux-ci voulaient échapper à l’armée française (la première armée). On a dormi à même le sol, on était recouverts de puces pendant cinq jours. Par la suite, on a pu retourner à notre ferme car les français avaient à leur tour chassé les allemands. À notre arrivée, les français avaient bu toute notre eau de vie (schnaps) et ils étaient saouls. Sous l’effet de l’alcool, un soldat m’a menacé de me tirer dans les jambes, mais un autre l’en a empêché. Finalement, nous avons quitté à nouveau la ferme par peur de nous faire tuer. On a du déménager dans une maison de français à Rimbach. Plusieurs fois, on a failli se faire tuer sous les tires d’obus, dont un qui a fait un trou tout juste à l'endroit où on venait de passer.

 

 

Tu t’es mariée à l’âge de 21 ans et tu as eu 3 beaux enfants. Penses-tu que tu as réussi ta vie ?

J’ai rencontré mon mari à l’âge de 17 ans grâce à des amis. Sa gentillesse et sa beauté m’ont séduite. Je me suis mariée quatre ans après notre rencontre et j’ai eu mon premier enfant, Francis, ensuite Jean-Paul et une fille Michèle qui est malheureusement décédée suite à un cancer du poumon (elle fumait trop). Mes enfants sont la chose dont je suis le plus fière. J’ai aussi accueilli pendant un moment un enfant de la DDASS. On a gardé contacte, et encore maintenant on s’envoie chaque année une carte. Ensuite, côté travail, j’ai occupé un poste très dur chez Cuivre et Alliages, une entreprise de métallurgie… Dans le temps, il ne s’agissait pas forcément de réfléchir à un métier qui nous plait mais de gagner de l’argent pour subvenir aux besoins de la famille. Mais de l’autre côté, j’ai fais quelques voyages, notamment à Rome où j’ai rencontré le Pape. Je lui ai même serré la main. C’était un moment incroyable dont je me souviendrais toute ma vie. Je peux dire que j’ai eu une vie relativement heureuse. Mais si je pouvais remonter le temps, je voyagerais plus ! Et sûrement que je ferais un travail moins dur, car maintenant mon corps en souffre.

 

Récemment quelle est la chose la plus folle que tu aies faites ?

Il y a 4 ans, lorsque j’avais 85 ans, je me suis rendue en train à Paris, pour voir où ma petite-fille habitait et travaillait. (La petite-fille c’est moi). Bien-sûr, je ne suis pas allée toute seule, mon fils Francis m’accompagnait. Mais c’était quand même le parcours du combattant, entre le train, le métro et les marches. Vous savez, j’ai beaucoup d’arthrose qui me fait souffrir au quotidien et je dois marcher avec une canne. Dans le métro, je suis même tombée par terre car je ne m’étais pas accrochée, je n’ai pas l’habitude de toutes ces choses ! Une gentille dame m’a relevé. Mais à part cet incident, j’étais heureuse de découvrir la vie de ma petite-fille. Cela m’a rassuré… Mais avec le recul, je me demande comment j’ai fait pour revenir sans encombre de ce périple !

 

Comment se passe la vie à la maison ?

Je vis avec mon fils Francis, qui a choisi de s’installer avec moi au moment de sa retraite, pour ne pas que je sois seule et pour m’aider dans les tâches quotidiennes. J’ai conscience que c’est un sacrifice pour lui et j’apprécie son aide, même si la cohabitation n’est pas forcément facile tous les jours car on a notre caractère (rires). Sinon pour m’entretenir, je fais mon petit ménage, dès que je peux, je sors marcher dehors, je lis le journal et je regarde la télévision. Tous les mercredis, je fais le marché avec ma petite-fille qui nous aide à faire les courses, car nous ne sommes pas véhiculés. Je pense que je suis bien entourée, j’ai de la chance de les avoir… Je ne me vois pas finir seule en maison de retraite !

 

 

Comment vois-tu le futur ?

Cette année je fêterais mes 90 ans, j’aimerais garder la santé jusqu’à mon anniversaire, avec la tête sur les épaules ! Je souhaite de tout mon coeur que mes enfants et petits-enfants garde leur santé et vivent une vie heureuse.

 

LE BACKSTAGE

 

 

Le shooting photo était une totale surprise pour ma grand-mère. Quelques jours avant, j'avais fait du shopping pour qu'elle ait de jolis vêtements pour la séance photo. Le jour J, sans rien lui dire, je l'ai emmené au studio. Quand je lui ai annoncé, a été très étonnée et en même temps curieuse de savoir comment la séance allait se passer. Elle qui n'a jamais fait de photo chez un pro, à part pour ses photos de mariage... Je tenais à lui faire ce cadeau : lui montrer à quel point elle est rayonnante et à quel point c'est une mamie extraordinaire.

 

Et vous, quand est-ce que vous faites des photos de votre grand-mère ?

2 réponses

  1. Manon G
    | Répondre

    Paulette..toute ma jeunesse..
    très très belles photos & surtout super interview

    Quelle fierté elle a d’avoir une petite fille comme toi <3

    • admin
      | Répondre

      Merci Manon! Ca ne te dirait pas d’avoir toi aussi des portraits de ta mamie et de vous ensemble ? L’invitation tient toujours 🙂 Ça me ferait super plaisir de vous offrir ça ! <3

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